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LA BATAILLE DE LA BERRE (que l’on rencontre parfois aussi dans les livres sous le nom de « bataille de Sigean »), est beaucoup moins connue que Poitiers mais au moins aussi importante stratégiquement. D’ailleurs, près d’un siècle plus tard, Eginhard (biographe de Charlemagne) mettra sur le même plan ces deux victoires franques

Charles Martel fait partie de la famille des Pippinides (non-non ce n'est pas une nouvelle espèce animale ou botanique...).Il est né vers 688 en Belgique à Heristal (près de Liège). Après avoir au cours de sa vie mit fin à l'expansion musulmane en France, et bien qu'il ne fut jamais ni Roi ni Prince, il goûte aujourd’hui un repos bien mérité à Saint Denis au nord de Paris dans le 93.

On trouve toutes les tailles dans la famille des Pippinides. Le papa de Martel dont le tour de taille valait bien celui d’Obélisque fut baptisé Pépin le Gros. (son épouse Plectrude n'est pas la maman du héros de cette histoire, notre bâtard étant le rejeton d'une concubine répondant au doux nom d’Alpaide)

Si le papa Pépin était gros, le fils de Martel était haut comme trois pommes et entra pour cela dans l’Histoire sous le nom de Pépin le Bref, celui-là même qui délivra Narbonne et dont chacun se souvient dans nos Corbières. On se rattrapa avec le petit fils de  Martel, notre célèbre Grand Charles, connu des écoliers sous le nom de Charlemagne.

Pour clore cette revue des tailles familiales, il faut se souvenir que Madame Martel n'était autre que Berthe aux Grands Pieds. Toute la vie de ce fin politicien et stratège hors du commun, ne fut qu'une interminable série de batailles, plus ou moins au service de l' Eglise catholique, mais on ne peut pas dire qu'il fut toujours un bon chrétien et que l' amour du prochain l' étouffa. A Poitiers il abandonna même aux corbeaux ses propres soldats blessés sur le champ de bataille. 

On dit que ce génie militaire doit avant tout son nom, au fait que sa principale finesse était de savoir cogner comme un marteau sur ses ennemis. Il est entré dans l’histoire avec la bataille de Poitiers, écrite plus tard par l'église catholique, bien que sa plus grande bataille contre les arabes eut lieu ici dans nos Corbières.

Nous sommes en 737, Charles Martel  fait le siège de Narbonne, la dernière capitale de notre Royaume Visigoth de Septimanie, tombée sous le joug musulman 18 ans plus tôt. Pour délivrer Narbonne, le Wali d'Espagne rassemble une imposante armée qui fait voile vers l’étang de Bages-Sigean, tandis que la légendaire cavalerie arabe franchit les Pyrénées en direction de Portel des Corbières. Profitant du relief accidenté des Corbières Orientales, Charles Martel surprendra les arabes en les prenant à revers par les gorges de la rivière Berre, séparant ainsi la cavalerie des troupes arrivées par la mer. Le carnage sera terrible transformant la rivière et la mer en une immense mare de sang. Un chroniqueur de l'époque évoque le chiffre de plusieurs centaines de milliers de morts  Le massacre se poursuivra au-delà des gorges du Rabet vers Donos et Durban, mettant fin à l’expansion arabe à l’intérieur du futur Royaume de France. Moins connue que la Bataille de Poitiers (qui d'ailleurs n'eut pas lieu à Poitiers), la Bataille de la Berre est historiquement et stratégiquement beaucoup plus importante, car l'objectif final des musulmans n'était pas des razzias pour piller quelques trésors comme à Poitiers, mais d'étendre leur domination religieuse sur tout le pourtour du bassin méditerranéen.

Mais comme à Poitiers laissons la parole à Frédégaire  chroniqueur officiel de cette époque : Le brave Charles victorieux passa le Rhône avec son armée, pénétra dans le pays des Goths, s’avança jusque dans la Gaule narbonnaise, et assiégea la célèbre cité de Narbonne, métropole de ce peuple. Il fit construire sur les bords du fleuve de l’Aude un rempart en forme de bélier, et enferma le roi des Sarrasins, nommé Athima avec ses compagnons, et campa tout autour de la ville.  À la nouvelle de ce siège, les seigneurs et les princes Sarrasins qui habitaient alors en Espagne, rassemblèrent une armée, à la tête de laquelle se mit un autre roi, nommé Amor et s’avançant armés de machines contre Charles, ils se préparèrent au combat.  Le duc Charles alla à leur rencontre sur les bords de la rivière Berre et dans la vallée de Corbière ; ils en vinrent aux mains.  Les Sarrasins vaincus, renversés, et voyant leur roi tué, prirent la fuite.  Ceux qui avaient échappé, voulant s’enfuir sur des vaisseaux, se jetèrent à la nage dans la mer, et ils sautaient les uns sur les autres pour se sauver. Mais les Francs, montés sur des vaisseaux, et armés de javelots, se précipitèrent sur eux, les tuèrent, et les firent périr dans les flots.  Ainsi vainqueurs de leurs ennemis, les Francs s’emparèrent d’une grande quantité de butin, firent une multitude de captifs, et ravagèrent avec leur duc tout le pays des Goths. Charles détruisit de fond en comble les villes les plus célèbres, Nîmes, Agde, Béziers, y mit le feu, et ravagea les faubourgs et les châteaux de ce pays. Après ces victoires, toujours guidé et soutenu par le Christ qui décide des combats,  Charles retourna sain et sauf dans le territoire des Francs, au siège de son empire. 

Les  stratégies Les deux camps connaissent le terrain. Charles Martel par ses éclaireurs et Omar dont les soldats occupent les Corbières depuis 18 ans. Martel est informé du mouvement des troupes arabes par les postes de gué placés sur les hauteurs de Prat-de-Cest, d'où il est possible de surveiller l'arrivée des bateaux et la route sud de Narbonne. Il décide d'attaquer avant que les troupes arrivées mer et la cavalerie n'effectuent leur jonction. Pour surprendre l'ennemi, sans être vu de la mer, il passera par l’intérieur des terres à l’Ouest du massif montagneux.  Omar ben Chaled commande les troupes de l’Emir Okba. Pour gagner du temps il fait venir par bateau le matériel lourd et le ravitaillement et choisi l’embouchure de la Berre comme point de jonction avec la cavalerie qui a traversé les Pyrénées. Il compte attaquer Narbonne par la route du Sud (actuelle A9)

Le Combat Dès le samedi dans la journée Charles Martel mettant à profit le relief des Corbières Orientales engage ses troupes par les vallées à l’Ouest du Massif. Il est simple par la route de Fontfroide, Saint Martin de Toques, Roquelongue, Montséret, Thézan, Donos, d’amener rapidement depuis Narbonne une troupe importante, dont une partie utilisant les combes du relief, fondra sur l’ennemi par différents points tels, Taura, Montplaisir et le long de la Berre entre Ripaud, Gléon, Lastour et Portel.  Le Dimanche à l'aube, alors que la flotte d’Omar vient d’arriver dans la Lagune de Bages Sigean (l’etang) et s'apprête à décharger hommes, matériel et vivres sur la pointe de Port Mahon (sud de l'île de l’Aute), les troupes de Charles Martel fondent de la montagne sur la cavalerie arabe.

La surprise est totale. Les cavaliers ne sont pas prêts au combat et les chevaux n'ont pas le temps d'être scellés.

A pied ils tentent de s’enfuir vers la mer où beaucoup ont le choix entre se noyer ou être taillé en pièce par l’armée franque. D'autres fuient vers les gorges de la Berre où au-delà Gléon et Ripaud les combats à la hache ou au corps à corps vont se poursuivre toute la journée. Après la bataille un monument arabe (aujourd'hui disparu) sera érigé pour commémorer la mort d’un Prince arabe tué à cet endroit pendant la poursuite. Le sort des troupes arrivé par mer n'est guère plus enviable.

 

Surpris en plein déchargement des bateaux, c'est la panique et l'improvisation qui s'empare des sarrasins. Leur chef Omar est tué. Le dos à la mer, ils tentent de gagner les bateaux qui n'ont pas encore accosté. A bord d'embarcations de pêcheurs, les Francs les poursuivent sur la lagune, où la bataille navale tourne au carnage.

Après la Bataille Charles Martel quitta Narbonne sans prendre la ville, pour aller se battre chez lui au nord contre les Saxons, non sans oublier au passage de mettre à feu et à sang, de violer et de piller toute la Septimanie dont les habitants ne l’avaient pas franchement aidé à s'emparer de leur capitale.

Après la bataille on dit que les pêcheurs firent un pèlerinage à Sainte Marie des Oubiels, située près de Portel des Corbières, non loin de la rivière et d'un passage à guet stratégique. En principe pour célébrer la victoire, à moins que ce ne fût pour louer le départ du guerrier barbare venu du Nord...C'est beaucoup plus tard en 759 que son fiston Pépin le Bref  "délivrera" Narbonne. Fait unique en France, la ville de Narbonne sera restée musulmane pendant 40 ans.Les Questions Si dans cette bataille, telle qu'elle nous est parvenue, les dés semblent joués d’avance, il reste beaucoup de questions en suspend :- Pourquoi les arabes qui connaissent la topographie des lieux (ils sont ici depuis 20 ans) n'ont mis aucun poste de guet au sommet de "l’actuel Ermitage St Victor" d'où l'on domine les massifs montagneux jusqu' à Narbonne et la mer ? -Quel fut le rôle de la météo et du vent sur la mauvaise synchronisation de l’arrivée des troupes Arabes ? - Comment n’ont-ils pas perçu l'arrivée de l’ennemi par la montagne, là où le moindre bruit s’entend à des kilomètres...alors que dire d'une troupe en marche avec des milliers de chevaux dans le silence de la nuit !!! ?...

Texte: (c)Henry Coulondou

11200 Thézan des Corbières

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